ORIGINES NDÚT
par Thomas Gana DIOUF
Phonéticien, chercheur en tradition orale du Ndút
Producteur extérieur à la RTS
 
 
Avant-propos
 
Merci, Monsieur le Président.
Je vais tout de suite avertir que ce n’est pas le grand intellectuel qui vous, mais un autodidacte qui, par amour de son terroir, après avoir piqué le virus par l’entremise de ses amis chercheurs comme Christian Saglio, Feu Jean Louis Doneux, Charles Becker de l’ORSTOM, Jean Boulègue, Directeur du Centre de Recherches Africaines à l’Université Paris 1, Cyr Descamps et Myron Echenberg, Chef du département d’histoire de l’Université Mc. Gill de Montréal (Canada), s’est consacré, depuis 1971, à la recherche des traditions orales du Ndút.
Je cite souvent les auteurs précités pour avoir été l’informateur ou l’interprète de certains d’entre eux ou pour avoir travaillé avec eux. Nous avons, très souvent, les mêmes sources.
Ma curiosité intellectuelle aidant, j’ai pu faire le recoupement des sources écrites et de la tradition orale. Les unes et les autres se confirmant ou s’infirmant parfois.
De toutes les versions ou hypothèses qui ont essayé de remonter la saga sénégalaise pour fixer les lieux d’origine des sereer et le sens des différentes migrations qui ont conduit ces derniers dans leurs creusets actuels, il ressort que chacune des principales ethnies du Sénégal a laissé une partie importante de son passé dans la langue, ou d’une manière générale, dans la culture sereer.
C’est que le sereer, nous dira Raphaël Ndiaye, est sorti de la « gestation de la nation sénégalaise » avec cette particularité d’être la seule ethnie à répondre de par son histoire et de par sa tradition orale en général, de rapports de parenté très étroits avec chacune des autres ethnies.
On s’accorde à dire que le monde sereer d'une manière générale, a eu à intégrer dans sa culture, les apports d'autres ethnies en conservant à travers tous les soubresauts de l'histoire, sa spécificité. Pour vous dire que le monde sereer, avec ses diversités, constitue un exemple patent pour la réalisation du projet culturel national. Car si la permanence de la culture sereer a été sauvegardée, renchérit Pape Massène Sène[1], c'est que les apports extérieurs ont trouvé un socle solide où se greffer, c'est-à-dire le substrat culturel sereer.
L'ouverture caractéristique de la société sereer a aussi joué pour permettre la saine fécondation (sans désagrégation) de sa culture. Il y a aussi et surtout, "la conscience de soi" du sereer qui le pousse à s'enraciner toujours dans la culture. Il convient de signaler que la culture sereer est une et indivisible malgré la diversité qui la caractérise. Nous sereer, nous nous voulons des « rameaux d’un même tronc » ; nous sommes tous alors de la même famille.
 
Sur le plan purement linguistique, sa parenté génétique avec le poular et le wolof n’est plus à démontrer, et l’on rejoint Léopold Sédar Senghor quand il dit que « le sereer est une forme archaïque du wolof et du poular ».
Sur le plan culturel, cette parenté s’étend jusqu’au sud du Sénégal avec les jolas et les mandingues.
Dans l’ensemble, dira J.L. Doneux[2], les liens génétiques plus ou moins étroits qui relient entre elles les différentes langues du Sénégal paraissent encore assez mal perçus. On ne peut reprocher aux populations elles-mêmes d’ignorer parfois les rapports qui unissent leur langue aux langues voisines ;
Dans son diagnostic, Doneux soulignera que « …le linguiste rencontre fréquemment cette idée assez surprenante que l’ethnie wolof « nexiste pas », qu’elle n’est que le résultat de la fusion de plusieurs groupes ; et cette autre idée, aussi surprenante, que les Joola et les sereer sont d’une certaine manière des cousins très proches. Idées effectivement surprenantes, si l’on s’en tient à l’approche linguistique (et cette étude devrait montrer pourquoi il en est ainsi), mais qui ne manquent sans doute pas d’un fondement social, lequel reste à analyser par les historiens et les sociologues ».
C’est ce statut particulier qui place le sereer au centre de l’ensemble culturel sénégalais, et trouve son explication dans le fait historique, son illustration dans la qualité et la diversité de sa tradition orale.
Cette tradition orale a longtemps été mise en rade avant qu’on ne se rende compte qu’elle sert de point d’appui pour confirmer ou infirmer une version écrite.
C’est dans cette même logique que je vais tenter d’apporter un éclairage sur les sereer du Nord-Ouest communément désignés sous le vocable de « minorités ethniques du Kajoor et du Bawol » ou « Cangin », mais en particulier sur les sereer du Ndút dont le particularisme n’est plus à démontrer.
Selon la classification esquissée par Wilson (1989), les « Cangin sont une sous-branche nordique de la branche atlantique de la famille linguistique du Niger-Congo. Walter Pichl fut le premier à décrire les « langues cangin » en 1966, choisissant le terme désignant la ville de Thiès - utilisé par les Noons - pour désigner les six langues apparentées présentes autour de cette ville du centre-ouest du Sénégal.
Dans la « genèse du Grand Jolof » (XIIIe – XVe siècle)[3] Jean Boulègue nous signale qu’à l’époque des navigations portugaises, la curiosité de la « découverte » et la nécessité d’informer le pouvoir ont stimulé les écrits, œuvres de navigateurs ou de compilateurs. Il nous signale que quelques auteurs se détachent (ils seront aussi des sources d’information économique et ethnographique). Le Vénitien Alvise da Mosto (souvent appelé Cadamosto) et le portugais Diogo Gomes, naviguant l’un et l’autre pour le compte de l’Infant Dom Henrique du Portugal, effectuèrent chacun deux voyages en Sénégambie, respectivement en 1455 et 1456 et en 1456 et 1460…
D’une manière générale, les zones habitées par les sereer du Nord-Ouest sont plus boisées et accidentées que les pays environnant   elles font penser à des zones refuges. Leur tradition orale, comme celle de leurs voisins wolof, témoigne d’une hostilité chronique entre ces peuples et le pouvoir central. Da Mosto décrit ainsi deux peuples qui font suite aux wolof, c’est-à-dire passé le golfe de Rufisque :
« Une fois passé ce petit golfe, cette côte du Cap Vert est habitée par deux générations : l’une est appelée Barbacini, l’autre sereri…[4] »
Le terme « barbacini » désignait les sereer du Siin. Le terme « sereri » employé ici par opposition à « Barbacini » désigne donc des sereere qui ne relèvent pas du Siin.
Jean Boulègue[5] note qu’il est vraisemblable que les Sereer du Nord-Ouest ont occupé une aire plus vaste et ont maintenu leur identité dans les pays qu’ils occupent actuellement, moins accessibles que les régions voisines. Mais, ajoutera-t-il, à part la possible exception des « Niayes », ce mouvement a été antérieur à la période que nous considérons car, tandis sur la côte les Saafen sont étroitement localisés par les sources écrites dans leur domaine actuel, dans l’intérieur, Ndút et Noon avoisinent les provinces centrales et les capitales du Kajoor et du Bawol.
Toujours, selon Boulègue, à l’intérieur des deux royaumes (Kajoor et Bawol), des peuples différents furent très tôt repérés par les européens ; mais d’abord ce fut sous l’angle de leur différenciation sociopolitique. Puis un texte du milieu du XVIII siècle opère la distinction entre ces petits groupes et la majorité wolof, à l’intérieur d’un même royaume, en se basant sur le critère linguistique : les lebus, les wolofs et les "noon". Le nom de "sereer"[6] donné à ces peuples par les wolof, est une désignation très vaste qui ne doit pas les faire confondre avec les sereer du "Siin" et du "Saalum" dont ils se distinguent très nettement par la langue". C'est pourquoi certains auteurs ont préféré les appeler "les sereer du Nord-Ouest" ou "sereer Cangin".
« Ainsi les contours géographiques des pays habités par les six principaux groupes n'ont été définis avec précision que récemment : auparavant, ils se confondaient tous sous l'appellation unique de "sereer noon", triplement impropre », nous dit Becker Charles[7].
En effet, souligne-t-il, le nom de noon est celui que leur ont donné les wolof et a une signification proche d’ « ennemi ». (Il a servi à désigner aussi les Ndút et les Saafen avant de se restreindre à ceux que nous appelons maintenant « Noon ». Eux mêmes ne se désignent pas par un nom générique mais par des noms locaux (Fandeen, Janxin, Jobaas, Lexaar).
 

 

Rappelons donc sommairement que l'on doit distinguer :
 
 Les Noon de Thiès ou Cangin à proprement parler ; ils sont intégrés à la commune de Thiès ou habitent les environs immédiats de cette commune, mais ont également fortement émigré vers la ville, à Dakar notamment. Outre ceux qui habitent les plus anciens quartiers de Thiès, ils se répartissent dans les villages périphériques rattachés à la ville et dans les villages faisant partie des arrondissements de Pout et de Pambal.
Les Noon du Lehaar, appelés Laala, sont implantés autour de Pambal et s'apparentent aux Noon de Thiès par la langue et l'organisation sociale. Ils constituent un ensemble restreint de 15 villages et de 10.000 personnes environ, presque entièrement entourés par les wolofs à l'heure actuelle.
Les Saafen ou Saafi forment le groupe le plus important en nombre, atteignant un chiffre approximatif de 45.000 personnes et 38 villages. Ils habitent autour de Sébikotane, près des routes de Thiès-Poponguine et Rufisque-MBour entre Dougar et Sindia. Dans ce même groupe Saafi il faut distinguer ceux qui habitent la zone du Diobas et que l'on appelle Saafi-sex.
 Les Ndút sont au Nord-Ouest de Thiès, autour de Mont-Roland[8]. Ils occupent 23 villages dans une zone vallonnée, et se trouvent au contact des Wolof au nord et des Lébu à l'Ouest. Leur groupe atteint le nombre de 30.000 environ, dont beaucoup ont émigré dans les villes et "terres neuves".
Les Paloor-Siili ou Faloor vivent auprès de Pout et sont à considérer comme un sous-groupe Ndút, leur langue étant une variante dialectale du Ndút. Ils sont répartis en 18 villages.
En effet, beaucoup de villages du ndút de Mont-Roland sont originaires de cette "zone du Siili"[9] comprise entre Pout et Sébikotane. C'est ce que Antoine Mbengue[10] appelle "la migration sud-nord", au 17ème siècle, des Ndút de Mont-Roland.
Cependant, Becker nous signale que "les pays habités par ces groupes étaient rattachés, durant la période du XV au XIXème siècle, aux anciennes entités politiques du Kayoor et du Bawol ; toutefois, précise-t-il, les modalités de ce rattachement sont mal connues et décrites de manière très insatisfaisante par les rapports du XIXème siècle. La plus grande partie du pays safen et une partie du pays noon cangin auraient dépendu du Bawol, tous les autres villages faisaient partie du Kayoor ; mais les liens effectifs avec le pouvoir central ont été fort lâches, comme l'attestent les sources anciennes qui insistent sur le caractère "indépendant" de ces groupes.
Becker note aussi que les sociétés sereer du nord-ouest sont organisées selon des groupes familiaux patri- et matrilinéaires, dont le rôle varie selon les régions. Les matrilignages ont conservé une grande place chez les Ndút, les Paloor-Siili et les Safeen, malgré les succès de l'islamisation, alors que les patrilignages étaient plus importants dans l'organisation sociale chez les Noon[11].
Les sereer du Nord-ouest sont généralement égalitaristes (société sans caste, mais aussi non anarchique, contrairement à ce que croient certains auteurs). Ces sociétés étaient bien structurées et régies par des lois draconiennes dont le respect était assuré par un pouvoir judico-religieux.
Il convient de signaler que ces populations font partie de ceux que d'aucuns appellent "les minorités ethniques du Kayoor et du Bawol".
langues cangin au sein du groupe ouest-atlantique et par rapport au sereer singandum est longtemps restée floue, car on ne disposait d'aucune étude ni description pour ces langues et leurs variantes dialectales"[12].
Selon Becker Charles, on peut retenir quatre traits qui permettent de constater, avec une nette variable, l’existence du particularisme Ndút. Leur évocation même exige les nuances qui manifestent de suite la crise de ce particularisme, valable aujourd’hui pour l’ensemble du groupe « cangin ».
Ces quatre traits sont :
-                La langue
-                L’endogamie
-                Les lignages maternels (à l’exception des Noon)
-                Les regroupements des urbanisés.
Je dirai que le trait fondamental du particularisme demeure l’organisation judico-religieuse :
Le "pays Ndút", dans un sens plus large, désigne l'espace occupée par les sereer parlant le dialecte désigné sous le même vocable. Sur ce plan, on peut nommer les "paloor" ou "faloor" qui habitent plus particulièrement la zone de Pout, jadis appelée "le siili"[13] où l'on compte aujourd'hui 18 villages, et les habitants de la contrée sénégalaise au nom français "Mont-Roland"[14], 23 villages parsemés entre la falaise de Thies et le lac tanma.
Aujourd'hui, le dénominatif de "Ndút" désigne tout particulièrement ces derniers.
Après ce bref survol descriptif des sereer du Nord-Ouest, revenons maintenant au groupe Ndút, objet de notre exposé.
 
PRESENTATION DU PAYS NDÚT
Comme le signale déjà Becker Charles[15], "le pays Ndút, au delà de ses caractéristiques sociologiques, se présente comme un ensemble relativement homogène. Il a connu des changements socio-religieux profonds et divergents, après une longue période de stabilité sociale, au cours de laquelle les sereer du Ndút ont su conserver jalousement leur autonomie, sinon leur indépendance totale, par rapport aux royaumes politiques du Kayoor et du Baol ; leurs structures socio-familiales imposantes, fondées sur les matrilignages, leur système familiale et villageois reposant sur l'autorité des chefs de lignages[16]".
Les sereer du Ndút, note Becker Charles, ont toujours refusé l'intégration au royaume wolof du Kayoor auquel ils étaient en principe rattachés. Leurs villages, implantés au coeur d'une forêt jadis très épaisse et de "montagnes", jugées impraticables par les colonisateurs français, ont maintenu vivant un système social particulier et une langue propre qui témoignent aujourd'hui encore de l'originalité du groupe Ndút.
En effet, à l'instar des autres groupes sereer du Nord-ouest[17], Safeen, None, et Paloor Siili, le groupe Ndút a façonné et modelé sa langue, s'est exprimé à travers elle. Il l'a gardé comme son bien propre, en évitant longtemps son altération ; elle peut être considérée comme un produit, une partie et une condition de la culture ndút[18]. Plus qu'en d'autres parties de l'ethnie sereer, les influences wolof on tardé à se faire sentir au niveau de la langue. Elles se sont imposées dans le pays ndút, en liaison avec l'islamisation et la christianisation pour lesquelles l'usage de la langue wolof a été prépondérant.
Actuellement, tous les sereer du Ndút comprennent et parlent le wolof ; mais le ndút garde ses droits dans la conversation courante en famille et au village. Cependant, les emprunts au wolof, pour le vocabulaire surtout, se sont généralisés, même parmi les personnes les plus âgées. Chez les jeunes, les conséquences de bilinguisme, voire du trilinguisme, commencent à se manifester avec évidence et jouant dans le sens d'un appauvrissement de la langue[19]. La situation linguistique ainsi créée est assurément complexe. Elle révèle immédiatement, dès la première approche, les phénomènes sociaux majeurs qui caractérisent la société ndút actuelle, à savoir la diversité des influences socio-culturelles à l'oeuvre et parfois en conflit, l'importance des mutations en cours et des réactions de la société ndút, l'existence de coupures profondes.
La langue est "l'indice des sociétés", et "grosso modo, coïncide avec la société"[20]. En l'occurrence, les usages linguistiques sont les signes symptomatiques d'une crise de la société. "La langue ndút, nous dira Becker, ne coïncide plus avec la société et subit elle-même des altérations, là où elle n'est passupplantées par les langues rivales".
Après mes premières tentatives, depuis 1972, d'alphabétiser les Ndut, je me réjouis aujourd'hui que des linguistes et des phonéticiens s'y attèlent avec détermination ; et c'est avec fierté que nous citerons, un des illustres fils du Ndut, Gabriel Marie Gueye, Maître assistant à l'UCAD, et un des amis du Ndut, Daniel Morgan, de la Société Internationale de Linguistique.
Ils ont sorti récemment un manuel pour lire et écrire le Ndut. Ils ont également mis en place un Comité d'Alphabétisation, dirigé par un autre fils du Ndut, Massaër Mbengue, qui est en fait, le collaborateur direct de Daniel Morgan.
Le pays occupé par les sereer du Ndút est situé à une centaine de kilomètres à l'Est-Nord-Est de Dakar, et à 17 kilomètres au Nord-Ouest de Thiès ainsi qu'à égale distance à l'Est de Kayar.
La bordure méridionale est constituée par la falaise de Thiès, recouverte en partie par la forêt classée de Pout et couramment dénommée le "tangor"[21]. Seuls les villages de Palo, Colobane Thiombane et le tout nouveau dit "Croisement"[22] ne sont installés sur les collines ou le plateau. Le relief peut atteindre l'altitude de 60 à 80 mètres[23].
La frontière occidentale est formée par la dépression du lac Tanma[24] qui capte une grande partie des eaux du réseau hydrographique lors de l'hivernage, et qui vient se terminer tout près de la falaise, ne laissant qu'un couloir d'un kilomètre environ entre les villages de Fouloume et de Niekheb.
C'est par une montée vers le nord, empruntant, cette fois, le couloir entre la Tanma et la falaise de Thiès, que s'est faite une grande partie du peuplement du terroir ndút. La vallée, de direction Nord-sud, remplie d'eau pendant plusieurs mois de l'année, est entourée de terres fertiles (les niayes) exploitées par les sereer du Ndút au Sud-ouest, par les villages wolof ou les villages ndút wolofisés à l'Ouest et au Nord-ouest.
A l'est, la barrière broussailleuse, qui sépare les Ndút des Noon du Léhar (Lala), à la hauteur de Palo, s'amenuise progressivement et disparaît presque complètement au Nord-Est où l'on passe sans transition accusée des villages ndút aux villages none qui entourent Pambal. Le cloisonnement naturel entre ces deux groupes sereer a été plus évident autrefois, mais n'a pas empêché des contacts épisodiques et strictement limités.
Au nord, la frontière est purement ethnique. Les terroirs des villages sereer y touchent ceux des villages wolofs dont l'ancienneté est variable. Le "No man's land" qui séparait jadis les ndút des wolof du Kayoor a complètement disparu, malgré quelques réticences dues à ce souvenir qui demeure toujours. Désormais, le pays ndút se prolonge au Nord par une bande de terres, occupées par les wolof, qui s'élargit d'Ouest en Est et suit la bordure duneuse de la mer.
Les villages ndút et leurs terroirs s'étendent au pied de la colline, sur une longueur de 25 kilomètres environ et sur une largeur variant de cinq à dix kilométres. C'est sur ces terroirs qu'habitent les sereer dit du Ndút ("rudes paysans à la nuque dure", écrivait-on), éparpillés dans 23 villages.
En partant de Thiès et en empruntant la route du quartier de Thialy, on s'enfonce rapidement dans une brousse jadis très épaisse, comme disait le R.P. A. SEBIRE : "...la brousse des acacias et des albizzas épineux aux enchevêtrements impénétrables...", d'où émergent, à peine, quelques baobabs, et qui semble avoir définitivement repoussé l'homme. On imagine ce que put être cette région avant l'installation française, en revoyant en esprit ce célèbre "ravin des voleurs" de la forêt de "Kaañ" dite "allub Kaañ", qui ouvre le passage de la falaise de Thiès ; et en se rappelant, avec tout ce qu'évoque ce nom, l'histoire de la pénétration française à l'intérieur du Sénégal.
Une route latérite et rocailleuse sinuant entre les bosquets d'épineux et difficilement praticable, relie cette contrée sénégalaise au nom français[25] à la capitale régionale, Thiès.
Après 15 kilomètres de chemin, l'horizon s'ouvre tout à coup, du haut d'une falaise, sur une pleine immense. Cette pente, comme disait le Père Sébire, "...il faut la descendre à tâtons, et en sautant de pierre en pierre...".
 
De la colline la vue embrase un panorama merveilleux : du village à la mer, les couchées du soleil vous laissent pantelant de beauté nostalgique ; il faut prendre à témoin le R.P. Sébire qui écrivait en 1893, "...sa colline qui domine cette belle plaine et ses deux cents cases qui forment comme un demi-cercle au bas de la colline"[26]. A l'ouest de cette cuvette, près de la mer, à l'horizon, une
 
 ligne blanche indique les dunes qui bordent le rivage. Des éminences interrompent cette ligne lointaine, ce sont les "petites mamelles"[27]. Au loin, un peu à gauche, un filet d'argent miroite au soleil et se glisse à travers les arbres : c'est la Tamna encadrée de nombreux palmiers.


 
[1] - Communication orale, à la Chambre de Commerce de Dakar, en 1985, à l’occasion de la table ronde organisée par le groupe sereer, lors de la Semaine nationale de l’alphabétisation.
 
[2] - Article de Jean L. Doneux Po. II 4° 261 « Les liens historiques entre les langues du Sénégal » dans la revue « Réalités Africaines et Langue Française » N°7 de Février 1978.
 
 
[3] - Volume 1 « Le Grand Jolof », Jean Boulègue, Karthala, 1987.
 
[4] - Da Mosto, 1966, pp.75-76.
 
[5] - La genèse du Grand Jolof p.21.
 
 
[6] - La transcription des noms d'ethnies et des noms géographiques suivent les règles d'orthographe en usage au Sénégal, notamment pour la longueur des voyelles marquée par un redoublement.
 
[7]- in Journal des africanistes, 55 (1-2) 1985 : 165-185
 
[8]- Depuis 1891, la contrée du Ndút, composée aujourd'hui de 23 villages, devait porter ce nom qui s'est imposé au fil des ans, à toute la zone. En effet, affecté au Sénégal après l'Inde, en 1889, par le Pape Léon XIII, Monseigneur Magloire Barthet, Evêque-missionnaire français, 5ème successeur de Mgr. Aloys KOBES et ancien élève des Jésuites de Dôle, au Collège Notre-Dame de Mont-Roland, avait fait construire sur la colline du Ndút, la première case-chapelle en souvenir des siens. Cela devait symboliser le jumelage entre le Ndút et son grand-frére déjà millénaire de Dôle. Le Choix du site serait dû à la similitude des reliefs.
 
[9]- C'est l'espace occupé par les migrants sereer du Ndút qui avaient fondé Ndiassane après Tivaouane, et qu'ils ont été contraints de quitter, par Amary Ngoné Sobel Fall (1er Damel). En effet "siili" est une prostitution du verbe ndút "seel" conjugué à l'impératif "seele" ou "seelí" qui veut dire : trancher la viande.
 
[10]- Antoine Mbengue, un natif du Ndút, est Géographe-Environnementaliste, Professeur d'Université. Il a eu à faire une enquête, dans le Ndút, sur l'installation des villages, qu'il a intitulé : "Les principales vagues de migration Ndút".
 
[11]- Une présentation d'ensemble sur les familles paternelles et maternelles sereer est fournie dans deux articles (Becker et Martin 1982, 1983) ; on y trouve les totalisations pour l'ensemble des pays sereer du nord-ouest.
 
[12]- Dans la synthèse de Lavergne de Tressan (1952), la question du rapport entre le Sereer Singandum et les sereer du nord-ouest n'est pas tranchée. Ce sont les travaux de Walter Pichl (1966, 1971) qui ont précisé l'originalité des langues cangin et ont distingué les groupes linguistiques correspondants. Depuis leur publication, de véritables études linguistiques descriptives ont été réalisées par J. Lopis sur les noon (1980), Gabriel M. Gueye sur le ndút (1980) et C. Mbodj sur les safeen (1983).
 
[13]- Siili vient du verbe seel en Ndút et qui signifie trancher de la viande. En effet, le mot n'est pas péjoratif comme semble l'insinuer certains aujourd'hui. Les sereer du Ndut étaient très organisés à l'époque et préféraient tuer les animaux un peu avant le début de l'hivernage, afin de permettre d'amener les troupeaux en forêt pour les y paître durant toute cette période hivernale. La viande de ces animaux tués, ainsi tranchée, était séchée et utilisée pendant cette période à laquelle il était interdit de tuer un animal pour la nourriture.
 
[14]- Actuellement le Pays Ndút est souvent appelé le Mont-Roland, du nom de la Mission catholique qui s'y est implantée au XIXème siècle. Le nom de Mont-Roland est souvent orthographié avec deux l. L'orthographe que nous avons préférée est conforme à celle du collège de Mont-Roland à Dole (Jura). Les élèves de ce collège avaient aidé financièrement la fondation de cette Mission. Peu à peu, le nom de Mont-Roland s'est imposé à tout le pays Ndút. On dit bien aujourd'hui, les sereer de Mont-Roland.
 
[15] - Mémoire de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes de Soissy, 1970.
 
[16] - Les yuu, les léemu, les Yookam, les Laha et les Deyan sont connus dans le pays safen et la région des sereer Paloor-Siili (Pout) et ont sans doute conduit la migration sereer venue du Fouta Toro. Leur importance est attestée dans ces trois groupements sereer et même chez les Lébú.
 
[17] - Ainsi dénommés parce qu'ils peuplent le nord-ouest de la zone occupée par l'ethnie sereer.
 
[18]- cf. C. LEVI-STRAUSS : Linguistique et anthropologie, dans Anthropologie structurale, Plon 1958, pp.77-91.
 
[19]- Les scolarisés sont souvent trilingues dès leur jeune âge : le ndút est employé dans la concession familiale, le français à l'école, et le wolof au catéchisme et à l'église ou pour l'éducation musulmane.
Le wolof est la langue liturgique pour les catholiques et remplace le latin, depuis peu de temps. Cependant les missionnaires se sont toujours servi du wolof pour l'instruction religieuse, la prédication et la conversation courante. Ils ne parlaient pas le Ndút, même lorsqu'ils le comprenaient.
 
[20]- H. HUBERT : Les Celtes, La Renaissance du Livre, Paris 1932, pp.40-41. Les trois chapitres consacrés à la langue (1ère partie, ch.II, III, et IV) pourraient inspirer un éventuel travail linguistique sur les Ndút et le faciliter par de précieuses suggestions.
 
[21]- Ce mot désigne la brousse sur la colline. Deux villages administratifs et deux quartiers portent des noms composés avec ce mot.
 
[22]- Village fondé dans les années soixante ou soixante dix par Djibril Thiombane, un des fils de Sérigne Alpha Thiombane.
 
[23]- La description géologique de la falaise de Thiès précise : "Elle est constituée de marnes de l'éocène inférieur, recouvertes d'éluvions argileuses et d'éboulis de la carapace latéritique qui les surmonte. Les termitières piquent de tâches blanches le gris rougeâtre des pentes. La direction d'ensemble est nord-sud, tendant à s'incurver vers l'est aux deux extrémités. Au nord, entre Ndiafougne te Pambal, on remarque une ligne d'affleurements latéritiques émergeant du sol sablonneux et constituant un escarpement de quelques mètres : c'est un début visible de la Cuesta. Elle va en s'élevant en direction du sud-ouest jusqu'à la hauteur de Ndiaye-Bopp. Ensuite, la direction de la ligne de crête devient nord-sud". F. TESSIER : Notice explicative sur la feuille Thiès Ouest (de la carte géologique du Sénégal), Dakar, Grande Imprimerie Africaine, 1954, p.7.
 
[24]- L'orthographe du nom de ce lac, marécageux et salé, retient l'attention : Aujourd'hui on dit la "Tanma" du mot wolof "Tan ma" qui veut dire "le lac". . Cependant, les sereer disaient "Tam na'", qui veut dire l'endroit où "le soleil chauffe". En effet, la piste qui relie le Ndút au village de Kayaar passe par cet endroit où il fait excessivement chaud à un certain moment de la journée, à cause du sel.
Le lac Tanma peut être considéré comme une vallée fluviatile ancienne colmatée au nord par des dunes. Il capte plusieurs ravin importants dont le ravin de Palo, long et continu, le ravin de l'est de Fouloume de direction nord-est, le "ravin des voleurs" emprunté par la voie ferrée Dakar-Thiès. Voir la Notice explicative sur la feuille Thiès Ouest (de la carte géologique du Sénégal), Dakar, Grande Imprimerie Africaine, 1954, p.13.
 
[25]- La contrée du Ndút est souvent appelée "le Mont-Roland", du nom de la mission catholique qui s'y est implantée. Le nom de Mont-Roland est souvent orthographié avec deux l. L'orthographe que nous avons préférée est conforme à celle du collège de Mont-Roland à Dôle dans le Jura en France.
[26]- R.P. SEBIRE, 1893 : "Rapport de voyage à travers le Ndoute du mercredi 24 au vendredi 26 mai 1891 en compagnie du R.P. Joseph GAILLARD. Leur unique cheval nommé "Coco" portait les provisions et qu'ils montaient au dos tour à tour.
 
[27]- Il s'agit ici des deux grandes dunes qui forment, avec d'autres plus petites, un cordon dunaire discontinu. Elles sont appelées "Niari Toundë" en wolof. En effet, une carte du Diander intitulée "Itinéraires et reconnaissances militaires de la colonne expéditionnaire de Gorée (Pinet Laprade, 1861) porte les "Petites Mamelles" à l'emplacement des "Niari Toundë" de la carte de 1956.

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